Les RIA en question
Par Laurent Capin <Head in the cloud, Feet on Azure> le mercredi 21 mai 2008, 00:33 - Architecture - Lien permanent
On peut se demander souvent si ce
sont les exigences grandissantes des utilisateurs qui dictent les évolutions
des technologies de l'information. On peut se dire qu'à l'inverse ces mêmes
évolutions rendent les utilisateurs plus exigeants en leur offrant toujours
plus de possibilités et une meilleur qualité d'interface.
Il y a là comme une addiction toujours plus forte à la nouveauté pour elle même, des effets de mode comme un peu partout, une précarité, une volatilité comme nulle part ailleurs.
Le terme de RIA lui même existe depuis longtemps maintenant mais fait plus que jamais l'objet d'un débat acharné. Car au fond, qu'est-ce qu'une RIA.
Adobe en réclame la paternité depuis le départ, cherchant sans doute à créer dans l'esprit des gens l'amalgame avec sa technologie Flash/Flex/AIR (joli anagramme). Microsoft répond de son côté en jouant sur les mots, par sa "Rich Interactive Application", tentant de donner un coup de vieux à son ennemi de toujours et mise tout sur Silverlight/WPF. Pas mal d'autres acteurs tentent de tirer les marrons du feu avec plus ou moins de bonheur.
Ce terme de RIA fait sourire ou rêver. Les sceptiques croient qu'on essaye encore de leur vendre un vieux concept habillé de neuf, comme le boucher indélicat qui fait de la "retape". D'autres, y voient un horizon d'opportunités technologiques et de satisfaction client mêlés. Autant dire qu'en moyenne les premiers sont des utilisateurs, les seconds des programmeurs. Mais au fond que sont réellement les RIA ? Chacun y va de sa définition, de son exemple imparable, de son expérience propre mais aussi de ses rêves. Et finalement personne n'est vraiment d'accord sur le terme.
Pourtant la définition d'un mot ou d'une expression est quelque chose de primordial. Elle induit son utilisation. Bien entendu, elle peut évoluer dans le temps. Elle va s'enrichir, gagner ou perdre en sens. Mais elle forme la pensée, offre le concept. Et là, la technologie a apporté avec sa fébrilité un fait nouveau. Les mots ont avec elle un sens mouvant, instable qui va au gré des grands acteurs du marché. Pas d'académicien ici pour nous rappeler les règles d'usage. Les définitions ne sont pas dans des dictionnaires mais dans des brochures. Les mots sont des marques. Les sigles des bannières. Il faut qu'on dise "la RIA" c'est untel. Le fantasme du monopole n'est jamais loin. Wikipedia noie le poisson dans un flot de références et de liens, le tout plutôt orienté. Les articles sur le sujet sont pléthore et tous signés. La propagande est en marche. L'information y perd un peu.
Finalement, c'est un peu comme pour le terme Ajax, on en faisait bien avant de le voir apparaître. Mais quand le terme est sorti, chacun a voulu le prendre pour lui. C'est un peu aussi comme les standards. Chacun fait pression sur le standard pour le faire pencher vers soi. Tout le monde tourne autour, tente de faire croire qu'il en est le dépositaire et au final, personne ne le suit vraiment. Les standards ont pour objectif l'unité, la concordance. Ils servent surtout d'excuses à des guerres interminables.
En tout état de cause, le débat n'est pas prêt d'être clos. Espérons juste qu'il ne reste pas cloisonné dans une guerre marketing où le gagnant d'un jour est celui qui a le plus investi et pas dans la recherche mais dans la pub. Et gageons qu'il ne rende pas toujours plus flou un concept déjà pas très clair pour la plurpart d'entre nous.

Commentaires
RIA, client riche, ça sonne mieux que client lourd. Mais il y a quand même des améliorations, le client riche a les gènes du client lourd mais aussi ceux du client léger.
"A buzzword is a term or phrase that sounds good, but mean nothing." (www.urbandictionary.com)
C'est à peine caricatural. Pourtant, même lorsqu'on en a conscience, on doit tenter d'y associer des idées, d'y fixer des concepts et des exemples. C'est bien résumé dans l'article...
RIA désigne pour moi :
- Une application utilisable via le browser.
- Une application dont on juge l'ergonomie suffisamment riche.
Et je distingue uniquement deux approches techniques :
- Les applications qui s'exécutent dans un plugin du browser. (ex : application silverlight)
- Les applications qui reposent sur les standards web (xhtml/javascript/css/xml) et qui sont exécutées par le browser. (ex : application gwt)
Les guerres marketing ne trompent pas grand monde je crois, il est assez évident que les RIA ne sont pas intrinsèquement liées à une plateforme technologique propriétaire.