Fin d'Encarta
Par Laurent Capin <Head in the cloud, Feet on Azure> le jeudi 2 avril 2009, 11:42 - Web 2.0 - Lien permanent
La concurrence n’est pas toujours
bonne pour tout le monde. Dans le domaine des encyclopédies en ligne, le prix a
déterminé la fin du combat. Le gratuit a gagné. Est-ce bien le meilleur qui l’a
emporté ? C’est loin d’être aussi sûr. Dans le produit payant, les articles
étaient tous vérifiés et a priori fiables. L’information libre
triomphe mais elle traine avec elle le pire comme le meilleur.
La vision de Microsoft est que l’information doit être accessible à tous dans le monde: “Chez Microsoft, nous pensons que chaque être humain sur la Terre doit pouvoir accéder à des ressources éducatives de qualité. C’est notre vision”. Microsoft s’adapte comme toujours au monde qui l’entoure. Peut-être un peu plus douloureusement cette fois.
Ils donnent en tout cas raison au modèle gratuit ou libre. Mais c’est tout le paradigme de l’information qui est en cause. A l’heure où le Quid a abandonné sa version papier du fait de la baisse des ventes, les dictionnaires ne font plus recette parce que l’on peut trouver des définitions d’à peu près tout en tapant des termes approximatifs dans des moteurs de recherche pour se faire sa propre idée à partir de données éparses, souvent douteuses et très instables. L’orthographe devient moins importante, la provenance est secondaire, l’exactitude du résultat laissée à la seule appréciation du lecteur. L’opinion prend vite le pas sur la “définition”. Des notions apparaissent au grand jour qui semblaient réservées à des cercles restreints, comme la taxonomie ou l’ontologie et qui risquent vite de servir de camouflage à l’ignorance organisée. Le mot même de “pertinence” doit être pris avec circonspection. Car il n’a pas la même signification selon qu’il s’applique à la définition d’un mot ou au résultat d’une recherche sur le web. Pourtant, n’a-t-on pas déjà mélangé les deux notions ? Et qui aujourd’hui a la culture suffisante pour dire à coup sûr que l’information qu’il lit est “pertinente” ? D’autant plus quand les résultats de recherche se comptent en millions de pages et que celles mises en avant, le sont sur des critères de nombre de visites.
C’est tout le paradoxe du “libre”. En donnant à tous l’accès à l’information mais en permettant à tous d’y contribuer, il la dilue. Et ce faisant il l’affaiblit. Pourtant c’est bien l’information qui donne accès à la liberté : liberté de penser, liberté d’agir en connaissance de cause.
Quand un dictionnaire disparait, c’est un peu de la mémoire du monde qui s’efface. La Culture doit être accessible au plus grand nombre. La question est de savoir de quelle Culture il s’agit.
